1) Définitions
Le mot compétence est une sorte de mot-éponge qui s'enrichit de tous les sens attribués par ceux qui l'emploient. Mais il s'agit d'un concept d'une très grande fécondité sur le plan pédagogique et qui est au centre de toutes les réflexions sur les missions de l'Ecole.
La compétence est la construction par un individu d’un savoir de combinaison et de mobilisation ,en situation, d'un double équipement de ressources :
- des ressources incorporées ( connaissances, savoir-faire, qualités personnelles );
- des ressources de l'environnement.
La compétence est aussi la caractéristique positive d'un individu témoignant de sa capacité à accomplir certaines tâches;
Les compétences sont d'une très grande diversité ; on distingue :
- des compétences générales (ou transférables) qui facilitent la réalisation de tâches nombreuses et variées ;
- des compétences spécifiques qui ne sont à 1' oeuvre que dans des tâches très particulières.
Certaines compétences portent sur des savoirs, d'autres sur des savoir-faire, d'autres sur des savoir-être.
2) Le point sur la question
2-1 Un changement important .
Formuler les objectifs d'une formation en terme de compétences revient à définir pour un niveau de classe donné :
- la ou les tâches les plus représentatives de la manifestation de ces compétences ;
- les critères et indicateurs observables permettant d'identifier l'acquisition de ces compétences.
L'énumération d'objectifs opérationnels a souvent débouché, dans le passé, sur des progressions linéaires et étroitement programmées alors que le langage des compétences donne beaucoup plus de latitude dans le choix des démarches. Les compétences peuvent être atteintes à travers la réalisation de projets qui finalisent et donnent du sens aux apprentissages.
Ce qu'il convient de souligner c'est que la compétence permet d'établir des corrélations entre des familles de problèmes et des outils permettant de les traiter. Ces outils articulent entre eux
des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être.
Michel Dabéne donne, à propos de la compétence scripturale , un exemple assez significatif de ce que peut être une compétence. C'est, dit-il, " en prenant le terme de compétence dans son sens
le plus banal, la maîtrise d' un ensemble de savoirs, de savoir-faire et de représentations tout à la fois appris à l'école, en milieu formel, acquis de façon non guidée en milieu naturel et hérité au niveau des représentations individuelles et collectives La maîtrise de cet ensemble hétérogène rend possible, entre autres, l'activité de production et de réception de textes écrits ».
2-2 De quelques conditions
J-S Bruner énonce quelques conditions qui complètent les définitions données plus haut.
" Parler de compétence, dit-il, c'est parler d'intelligence au sens le plus large, de l'intelligence opérative, du savoir comment plutôt que simplement du savoir que. La compétence suppose, en effet, l'action, la modification de l'environnement comme l'adaptation à cet environnement. Elle suppose au moins, en un certain sens, trois choses :
a) que l'on soit capable de sélectionner dans la totalité de 1'environnement les éléments qui apportent l'information nécessaire pour fixer une ligne d'action ;
b) que , ayant défini une ligne d'action, on puisse mettre en oeuvre une séquence de mouvements ou d'activités permettant la réalisation de l'objectif que l'on s'est fixé ;
c) que ce que l'on a appris de ses réussites ou de ses échecs soit pris en compte dans la définition de nouveaux projets. "
(Le développement de l'enfant, savoir-faire, savoir-dire P.U.F.)
2-3 L'Ecole et les compétences
Comme le dit Philippe Perrenoud, l'action pédagogique qui prétend développer des savoirs généraux et des compétences transposables se borne, en général, à travailler et à évaluer des savoirs et des savoir-faire très contextualisés (Par exemple, l'orthographe dans des exercices à trous ou des dictées et non pas dans la production d'écrits). Le métier d'élève n'exige pas de compétences de haut niveau mais la capacité de savoir refaire, en situation d'évaluation ce qui a été longuement exercé (bachotage)
Pour bien comprendre ce qu'apporte le concept de compétence, il faut, toujours selon Ph. Perrenoud, distinguer :
- des savoir-faire de bas niveau: des habiletés, .
- des savoir-faire de haut niveau: des compétences.
Les habiletés ne mobilisent que des savoirs limités souvent de type procéduraux.
Les compétences, au contraire, s'appuient sur des savoirs étendus et explicites et restent pertinentes pour une large classe de problèmes car elles incluent des possibilités d'abstraction, de généralisation et de transfert.
Une compétence permet de faire face à un situation singulière et complexe, d'inventer, de construire un réponse adaptée sans la puiser dans un répertoire de réponses préprogrammées.
A propos du transfert, Ph.Meirieu apporte un éclairage intéressant. Il est préférable, dit-il, d'utiliser le terme de décontextualisation au lieu du terme de transfert pour deux raisons :
1- Le terme de transfert utilisé par la psychanalyse renvoie à des processus inconscients alors que la décontextualisation doit être consciente.
2- Le transfert peut laisser supposer qu'il existe des capacités abstraites que l'on met ensuite en jeu dans diverses situations alors que le véritable apprentissage s'effectue quand le sujet est capable d'utiliser les outils dans d'autres situations. Autrement dit, la compétence n'est pas construite puis utilisée, par transfert, dans d'autres situations, elle ne sera construite qu'à l'issue de nombreux processus de décontextualisation (par exemple, pour l'orthographe quand l'élève saura relire et corriger ses productions écrites dans une perspective de communication à de véritables destinataires ).
C'est pourquoi l'on peut penser que certaines compétences ne sont jamais définitivement construites !
2-4 Des compétences de haut niveau
Pour Ph.Perrenoud, il semble nécessaire de démocratiser l'accès aux véritables compétences, ce que l'Ecole ne fait pas encore suffisamment. Pour cela, il faut développer, en priorité, les compétences de haut niveau:
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S'informer Inventer Décider Coopérer Se former |
Communiquer S'adapter Transposer Improviser |
Anticiper Négocier ImaginerApprendre |
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Accepter les différences Conclure des contrats Créer des institutions |
Analyser des besoins Elaborer des stratégies |
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Concevoir et conduire des projets Inventorier et répartir les ressources Evaluer et prendre des risques Affronter la complexité, le conflit, 1'incertitude |
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Il s'agit de bien davantage que de savoir lire, écrire et compter.
Ph.Perrenoud considère également que lorsque les étudiants arrivent à l'Université, ce ne sont pas tant les savoirs qui leur font défaut que des compétences de haut niveau:
- lire vite --prendre des notes utilisables
- dégager les idées essentielles et la structure d'un texte
- construire une carte conceptuelle
- établir et retrouver des références
- formuler des observations ou des hypothèses
- rédiger une synthèse, une fiche, un résumé adaptés à une fonction précise
- organiser son travail coopérer----gérer sa documentation
- mener un débat-construire un exposé efficace-apprendre
- identifier ses erreurs, ses doutes, ses tics, ses limites, ses incompréhensions et y travailler...
LES CONNAISSANCES NE SONT RIEN SANS LES COMPETENCES QUI LES MOBILISENT EN SITUATION CONCRETE.
3) Autres mots
objectifs, finalités, savoirs, savoir-faire, savoir-être, compétences transversales, métacognition.
4) Sources
Le petit dictionnaire de la formation (E.S.F.)
Philippe Meirieu « Apprendre oui mais comment » (E.S.F.) .
Revue « Communiquer oui mais comment » (C.D.D.P. du Var)
Hameline « Les objectifs pédagogiques » (E.S.F.)
Philippe Perrenoud in Savoirs et savoir-faire (Entretiens Nathan)
Dictionnaire de l’éducation et de la formation (Nathan)
Eduquer et former (Ed. Sciences Humaines)
Dabène in Apprendre/Enseigner à produire des textes (De Boeck)
5) Commentaires
La notion de compétence est d’un très grand intérêt pour les praticiens de la pédagogie coopérative. Si l’on considère que le développement de la personne et la formation du citoyen sont bien les finalités de l’Ecole (Charte ; art 1) alors il faut avoir pour ambition l’acquisition par tous les élèves des compétences de haut niveau dont parle Ph. Perrenoud car pour continuer à se former toute leur vie, pour gérer demain un monde difficile et complexe, il leur faudra de telles compétences.
Or il est certain que toutes les activités, toutes les démarches caractéristiques d’une classe coopérative et l’esprit qui y règne contribuent à la construction de ces compétences.
Dans une classe coopérative dont les objectifs ne se limitent pas à l’acquisition des savoirs procéduraux, de véritables compétences se construisent grâce à la réalisation de projets qui s’appuient sur les interactions, placent les enfants devant des situations singulières et complexes, les conduisent à inventer, à construire des réponses aux difficultés rencontrées sans les puiser dans un répertoire de réponses toutes faites. Et c’est grâce à ces multiples processus de décontextualisation, offerts par la réalisation de projets, que la classe coopérative démocratise l’accès aux véritables compétences.
Si l’on examine (§ 4) le tableau des compétences de haut niveau et la liste des compétences dont auraient besoin les étudiants à l’entrée à l’Université, on s’aperçoit qu’elles sont déjà en grande partie, prises en compte, mises en œuvre, en cours de construction dès l’école primaire grâce aux démarches et à l’esprit coopératifs.