INTERACTION
1) Définitions
Dictionnaire des concepts-clés (ESF)
Dans un domaine quelconque, interaction signifie action réciproque. Une interaction est une relation dynamique de communication et d'échanges d'informations entre deux individus ou entre plusieurs individus à l'intérieur d'un groupe. Cette relation réciproque n'est pas toujours contrôlée, elle est même parfois involontaire et peut se situer à un niveau qui échappe à la conscience du sujet. Il est impossible de ne pas communiquer, tout comportement est communication. L'interaction est un processus d'apprentissage social valorisé comme un mode positif de communication. Interagir, c'est favoriser son interaction au système dans lequel on vit.
L'étude expérimentale, en psychologie sociale et en pédagogie, des relations interpersonnelles, développée par K.Lewin, met en évidence l'influence du groupe sur l'individu et réciproquement l'influence relative d'une personne sur les autres (ex. étude sur le leadership). Ces actions concomitantes aboutissent à la détermination de la personnalité de chacun, de l'effet de coopération et de cohésion dans une tâche collective, et des normes du groupe créées par un processus de convergence des estimations et des opinions, conforme à la loi de la majorité.
Dictionnaire encyclopédique de l'éducation et de la formation (Nathan) :
L'interactivité est un concept d'origine technique, relativement nouveau, celui d'interaction, en revanche, est ancien et non technique : il désigne la dynamique des échanges dans la communication intersubjective et se caractérise par l'interdépendance entre les partenaires, un rapport de pouvoir entre émetteur et récepteur, et la transformation finale d'une situation, autrement dit un processus d'action réciproque.
2) Point sur la question
Des chercheurs de différentes spécialités (psychanalyse, psychologie sociale, psychologie du développement, didactique des disciplines) se sont questionnés, dans divers travaux, sur le concept d'interaction.
Quand on évoque ce concept, on pense inévitablement à travail de groupe. Selon Kogan et Wallach (1964) un groupe composé de personnes d'opinions différentes trouve des solutions plus riches et plus créatives car elles augmentent la prise de risque.
Les implications en matière éducative de la pratique de l'interaction sont développées par Claude Siebel. Celui-ci met l'interaction au service du dépassement des ruptures éducatives. D'après lui, l'enfant peut subir une double contrainte, c'est-à-dire la présence conjointe d'impératifs contradictoires (par exemple : faire adhérer les autres à mon point de vue et m'intégrer au groupe). L'interaction permet de stimuler à la fois les constructions cognitives et les échanges affectifs.
Philippe Perrenoud essaie de mettre en relation interaction et école en suggérant de passer d'une école active à une école interactive. Il fait le constat que la plupart des interactions ne sont pas éducatives. Ceci l'amène à décliner six situations qui exigent communication, argumentation, négociation, calcul stratégique :
- le partage équitable de ressources rares;
- la concertation d'une action collective;
- une compétition;
- la coordination des points de vue;
- une prise de décision commune malgré des divergences ou des conflits;
- une coopération intellectuelle dans une résolution de problème.
Il rappelle que chacun doit expliciter ce qui est implicite pour lui, tenir compte des savoirs et des stratégies des autres, surmonter les conflits cognitifs.
L'enseignement traditionnel conçoit l'interaction dans une relation maître-élève. Les interactions entre élèves, considérés comme pairs, procèdent d'un enseignement mutuel qui permet à chacun d'être formateur pour l'autre à son heure.
3) Autres mots
conflits socio-cognitifs - régulation - décentration
4) Sources
Kogan et Wallach
Claude Siebel "Quelles interactions pour dépasser les ruptures éducatives (p.135 à 138) in « On n'apprend pas tout seul ». ESF 1987
Philippe Perrenoud « De l'école active à l'école interactive » (p. 139 à 142) ) in « On n'apprend pas tout seul ». ESF 1987
5) Commentaires
Interactions - Régulation / Pour acquérir des connaissances (visant à la connaissance) c'est à dire pour découvrir soi-même, les autres, le monde, l'école doit en permanence se confronter à divers points de vue, à une décentration de soi vers une décentration plus riche (conflit socio-cognitif).
Les pratiques coopératives font émerger ces mouvements par le travail de groupes et la confrontation des idées (interactions)... Mais l'efficience de ces échanges passe par la mise en place par l'enseignant d'un système évolutif de régulation. En effet la régulation dans la classe, en assurant un fonctionnement correct de l'ensemble du groupe (ou des groupes) favorise le pouvoir qu'a l'enfant de se gouverner lui-même. L'attitude bienveillante du maître, des pairs du groupe, facilite le temps de ré-équilibration nécessaires à l'évolution de chacun.
Dans ce sens, l'OCCE propose des dispositifs pédagogiques afin de rendre opérationnelles l'interaction et la régulation :
· interaction maître-élèves :
Ø situation problème (résolution du problème pour permettre une construction des savoirs)
Ø pédagogie du contrat (analyse, objectifs, évaluations)
Ø mise en projet
· interaction élèves-élèves :
Ø enseignement mutuel (tutorat, parrainage)
Ø travail en groupes (intérêt, confrontations, résolutions de conflits, besoins...)
Ø conseil de coopérative, comité de rédaction, comité de gestion de la BCD.