PROJET

1) Définitions

1-1. Ce que l’on a l’intention de faire. (Le petit Larousse illustré, 1996)

2-2. But que l’on pense atteindre, idée que l’on forme de ce que l’on fera et des moyens que l’on emploiera. (Le Robert).

«Le sens commun conviendra avec nous,... que l’être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets.» SARTRE, L’être et le néant, p. 562.

2) Le point sur la question

Dans le cadre général des sciences de l’action et des sciences de l’organisation, un projet est une entité constituée par un ensemble de moyens humains et matériels, réunis pour une durée déterminée, afin d’atteindre un objectif précis, en suivant un échéancier rigoureusement défini. (in «Pédagogie : dictionnaire des concepts clés», F. Raynal et A. Rieunier, 1997, ESF éditeur).

Un projet peut être très ambitieux : Envoyer un américain sur la lune avant la fin de la décennie 60-70, et le ramener vivant.

Un projet peut être également plus modeste : Former un groupe d’enseignants à l’utilisation des principaux logiciels utilisés en bureautique.

Quelle soit l’ampleur du projet, on retrouvera toujours :

·        Un objectif général :

-         Envoyer un homme sur la lune ;

-         Former des enseignants à l’utilisation des principaux logiciels de bureautique ;

·        Des objectifs intermédiaires :

-         Placer une charge utile de cinq tonnes sur orbite ;

-         Maîtriser le traitement de texte ;

·        Des critères d’évaluation clairs, ainsi qu’un échéancier précis et rigoureux :

-         Charge utile placée avant fin 1964 ;

-         Saisie d’un texte de 200 lignes dactylographiées sous Word puis mise en page sous PageMaker, en respectant les consignes typographiques de l’imprimeur.

·        Un homme (une équipe) responsable du projet.

·        Un cahier des charges.

·        Les moyens financiers et humains clairement identifiés et à la disposition de l’équipe ou du chef de projet.

Selon Boutinet(*), si un agent extérieur (un auditeur externe) se propose d’analyser un projet pour en comprendre les enjeux, la cohérence et la philosophie générale, son examen doit prendre en compte les paramètres suivants :

-         La situation problème ;

-         Les acteurs engagés dans le projet ;

-         Les visées et les buts explicités ;

-         Les motifs invoqués ;

-         Les stratégies en présence et les moyens utilisés ;

-         Les résultats obtenus à court et à moyen terme ;

-         Les effets secondaires non voulus, engendrés et leurs conséquences...

(*) Boutinet J.P., Anthropologie du projet, PUF, 1993, 3ème édition, page 239.

5) Commentaires

5-1. Ecole coopérative et projet(s)

Aujourd’hui lorsqu’on parle de « classe coopérative » ou de « coopération à l’école », on trouve des définitions assez claires et surtout des objectifs à réaliser très spécifiques à la notion de coopération. En cas de doute, l’OCCE National ou Départemental mettra à la disposition des directeurs, enseignants et élèves toutes les documentations nécessaires.

Le terme « projet » relève d’un concept tellement vaste qu’il est nécessaire de le définir avant de l’employer. Très souvent pour donner une consistance à ce nom, on lui adjoint soit un complément (projet d’école, projet d’établissement, projet de cycle…), soit un objectif (projet pédagogique, projet éducatif, projet professionnel…)

Faire le lien entre « coopération à l’école » et « projet » nécessite une approche très spécifique.

Tout projet d’école s’inscrivant dans une démarche coopérative aura :

un fondement démocratique

une architecture édifiée par une équipe

une toiture charpentée par les demandes institutionnelles

5-2. Projet démocratique

Si l’école est d’abord un lieu démocratique où chacun doit avoir l’occasion de s’exprimer et d’être entendu, il est nécessaire que le projet prenne en compte les avis de tous les partenaires de cette école et en premier lieu des élèves..

Projet individuel de chaque élève :

Il est donc indispensable, avant de construire le projet de demander à chaque élève quelle est son attente, quel est son projet personnel.

Cette démarche est rarement mise en œuvre ; pourtant, elle permettrait de construire le projet d’école sur des bases solides.

L’enfant qui vient à l’école sait qu’il doit exercer le « métier d’élève », il vit consciemment si nous avons fait notre métier d’enseignant ou inconsciemment, du moment qu’il a des représentations sur ce qu’on attend de lui, il est capable d’exprimer ses attentes personnelles.

Les projets de l’élève seront à court, moyen ou long terme. Ils concerneront des projets personnels, affectifs, sociaux ou projets d’actions.

Cette première étape de l’élaboration d’un projet coopératif pourrait comporter la démarche suivante :

a). sensibilisation des élèves par le maître à la notion de projet : sa définition, sa nécessité vitale pour chaque être humain.

b). recherche en commun des composantes essentielles d’un projet d’élève

c). présentation d’un questionnaire individuel à chaque élève comportant différentes rubriques :

-        Attentes générales de l’élève (réussite scolaire, ne pas redoubler, le bac, être médecin…)

-        Attentes plus spécifiques (faire des projets en orthographe, savoir apprendre par cœur, ne pas avoir peur des notes

-        Connaissances et compétences qu’il voudrait acquérir (connaître les tables de multiplication, origine des volcans, faire de beaux textes)

-        Actions qu’il voudrait entreprendre (classe de neige, construire des avions, aller au Parc des Princes)

Ces éléments multiples et divers seraient classés par catégories avec le maître et les élèves.

5-3. Projet d’équipe

Chaque classe élirait un, voire deux délégués chargés de discuter au conseil de maîtres ou au conseil de cycles (pour une école de plus de 5 classes) l’ensemble des attentes, connaissances, compétences, actions.

A ce conseil, les enseignants chercheront quels pourraient être les objectifs à choisir pour le projet d’école en tenant compte conjointement :

-         Des demandes des élèves

-         Des indicateurs pour l’école

-         Des projets que les enseignants voudraient ou pourraient mener à terme

Un premier échéancier pourrait être élaboré.

Dans chaque classe, le(s) délégué(s) et le maître présenteront cet avant-projet sommaire qui sera soumis à l’avis de l’ensemble des élèves.

5-4. Projet institutionnel

Ce travail de base sera confronté avec les objectifs nationaux et aux programmes.

C’est ici qu’il est essentiel pour le directeur de trouver l’interface entre les institutions officielles, les vœux des enseignants et les projets des enfants.

En outre, il sera également nécessaire de discuter avec les partenaires extérieurs, notamment les parents pour la mise en œuvre des actions.

Cet avant-projet définitif sera soumis :

a.       au conseil des maîtres

b.      aux élèves dans chaque classe

c.       au conseil d’école

Il comportera la répartition des tâches, le calendrier des actions, la répartition des moyens qui découleront du choix de la politique de l’école et des objectifs poursuivis.

Après une ultime prise en compte des remarques, le projet d’école sera élaboré dans sa forme définitive et sera soumis aux instances institutionnelles.

Conclusion

On pourra arguer du fait que de cheminement est long ; mais la marche vers la démocratie n’est-elle pas dévoreuse de temps ?

On pourra dire que les projets et attentes des élèves ne seront pas en harmonie avec les objectifs nationaux ; cet argument n’est plus pris en compte par tous qui depuis le début du siècle (tel Bousinet) sont partis des demandes des enfants.

Par contre, quel pas en avant dans la construction de la citoyenneté chez l’enfant. En effet, il sera invité à donner son avis, à l’argumenter. Il sera fier de participer à l’élaboration d’une grande œuvre ; il sera conscient des difficultés de la prise en compte de toutes les actions ; il comprendra qu’il faudra attendre parfois longtemps pour la réalisation de son vœu ; il devra accepter que son point de vue n’est pas pris en compte pour des motifs qu’on lui aura expliqués.

Un philosophe a dit : « Pour commencer, il faut simplement du courage ». Alors, commençons sur la voie du « projet d’école coopératif ».